dimanche 19 juin 2016

Passe prendre l'apéro


Dans la série des petits changements et grandes adaptations, il est de notre devoir de citer le célèbre, l’incontournable, apéro du Sud. Pour les personnes qui vivent ici, rien de plus banal, mais pour les deux petites nordistes que nous sommes, ce fut une découverte.
Oui, parce que l’apéro, dans le Sud, ce n’est pas un apéritif, c’est un concept !
Le mot apéritif, du latin aperire, « ouvrir », signifie donc « qui ouvre l’appétit ». Oui… Mais non, en fait.
Alors que l’apéritif se prend en fin de matinée ou en début de soirée, juste avant le repas, l’apéro lui se prend à tout moment de la journée, et remplace le repas. Oui, oui, remplace.

Pour commencer : l’invitation. Bon, en réalité, tout le monde est invité. D’ailleurs on vous rirait presque au nez quand vous demandez l’air gêné si vous pouvez venir avec une amie, on vous précise du coup que Machin vient bien lui aussi avec des collègues. Comment ça, « lui aussi » ? Vous ne venez pas avec une collègue mais avec une amie. C’est alors que vous pensez que Machin viendra prendre l’apéro à la sortie du boulot, que vous vous embarquez donc dans une discussion sur « oh que font-ils comme travail » et que votre interlocuteur pense que vous avez changé de sujet de conversation. Il en reviendra finalement à parler de votre collègue, dont vous préciserez qu’elle n’est pas votre collègue mais votre amie. Sauf que Machin, son collègue, ça veut dire son copain, son pote… Quand on vous aura tout dit…

Bref, vous voilà donc invité. Un peu comme dans les séries américaines. Vous savez, quand ils se téléphonent, se disent « et si on dînait ensemble demain ? » et raccrochent ensuite. Bon, c’est le village, tout le monde sait où vit tout le monde, et même si vous, vous ne le savez pas encore, absolument tous les autres peuvent vous renseigner. Pour l’heure par contre… « A l’heure de l’apéro »… Bien, bien. Il vous faudra faire avec ça, car même si vous insistez, vous obtiendrez une fourchette tellement large que vous ne serez pas plus avancé.

C’est donc ainsi que nous sommes parties prendre notre premier apéro. Sans savoir exactement quelle sonnette actionner (« c’est un appartement dans le bâtiment là-bas », « bah faut pas sonner, on entre »), sans savoir si nous étions en avance ou en retard, et, point crucial : le ventre vide. Parce que naïvement, on pensait venir prendre l’apéritif, et ensuite rentrer manger. Vous savez, « qui ouvre l’appétit ». Ce que nous n’avions pas encore compris, c’est que nous n’étions pas venues prendre l’apéritif, mais l’apéro. Là où nous pensions rester une petite heure, nous avons passé la soirée, nos pâtes nous ont gentiment attendues au frigo et nous nous sommes jetées sur les chips et petits biscuits. Et alors que nous envisagions une soirée tranquille, il faut bien l’avouer, quelques verres sur un ventre vide criant famine, nous avons fini un peu joyeuses. Il n’y a pas à dire, dans le Sud, on sait recevoir ! Santé !

Aurélie

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